TR1 : En chemin vers la RSE
Notre première table ronde, intitulée « En chemin vers la RSE », présente les actions RSE menées par les entreprises sans le savoir ainsi que les réflexions pour structurer une démarche de responsabilité sociétale.
Deux professionnels sont intervenus pour éclairer les participants sur ces points :
- Michel Bintz, DRH de Strasbourg évènements. Strasbourg Évènements organise des congrès, salons, foires, spectacles, séminaires, colloques... au Palais des congrès et au Parc des expositions de Strasbourg.
- Stéphanie Ruffenach, responsable administrative chez Mercure-Prest Service. L'entreprise est spécialisée dans les opérations de marketing direct, dans la VPC, dans la gestion de documents pour tous secteurs (tourisme, industrie et autres) ainsi que dans l'externalisation de services type magasin marketing - échantillons, documents etc. En novembre 2008, MPS a repris une activité et ouvert un site en Ile de France pour donner une nouvelle envergure à son offre de prestation : gestion de promotion, logistique d'animations sur lieux de vente, gestion de couponing, ...
- Pourquoi votre entreprise a-t-elle choisie de rentrer dans une démarche éthique et d'égalité des chances ?
SR
« Mercure-Prest Service est une PME qui a été créée en 1994. Depuis sa création, on a « fait de la RSE » sans le savoir.
À partir de 1997, on a mené une politique de non-discrimination, axée en particulier sur l'intégration de salarié avec un handicap mental. On a donc souvent eu recours à la mise à disposition des travailleurs handicapés. Ces travailleurs sont aujourd'hui, et depuis les années 2000, employés en CDI. L'adoption d'une telle politique nécessite des adaptations et des ajustements au quotidien. Aujourd'hui, plus de 10% de nos salariés ont une reconnaissance Cotorep.
La politique de non-discrimination ne s'est pas résumée pour autant à l'intégration des personnes handicapées dans nos effectifs de travail. On a souhaité aussi avoir des équipes multiculturelles. Ainsi, au sein de notre personnel, on compte des personnes provenant d'Asie, du Maghreb ou de la région Caucasienne. Nous assurons à ces personnes un accès égal à la formation.
Enfin, plus de 65% de nos salariés sont des femmes. Ces femmes sont présentes à tous les échelons de l'entreprise : aussi bien dans les ateliers de production, les services administratifs qu'au sein de la direction. À titre d'exemple, un de nos sites d'exploitation est géré par une femme depuis plus de 10 ans : elle est là pour ses compétences et sa légitimité.
À ce jour, nous n'avons pas véritablement de démarche construite. Je dirais plutôt que les choses se sont faites naturellement et grâce à la volonté du dirigeant. Il a été moteur sur le sujet et a su impliquer ses équipes. La démarche RSE n'a pas été construite en tant que telle et n'a pas été pilotée par des chartes ou un dialogue avec les partenaires sociaux. C'est une culture d'entreprise socialement responsable qui s'est construite grâce à la volonté et la persévérance du chef d'entreprise. »
- Quelles ont été les étapes pour permettre l'intégration des personnes handicapées au sein des équipes ?
SR
« C'est une démarche qui s'est faite à coups de forceps au début. Il a fallu bousculer les mentalités et ce n'était pas évident. Au départ, tout le monde n'était pas forcément prêt à accepter la différence et à accueillir dans son équipe une personne avec un handicap mental. Le regard de l'autre n'est pas facile à gérer. Pour accompagner ces salariés, nous avons mis en place des actions de formation par tutorat. On a équipé les gens d'outils de management et de communication. Ces tutorats ont été ensuite mutualisés et les salariés ayant suivi ces formations ont fait un transfert de compétences.
Le handicap mental est un ajustement au quotidien ; Une personne peut « péter les plombs » d'une seconde à l'autre sans que l'on sache pourquoi. Il faut donc réagir très vite. Il s'agit donc d'intégrer la personne avec les collègues de travail mais aussi maîtriser son handicap, savoir comment réagir quand la personne est en crise tout en essayant de « gommer » les différences. Nous sommes conscients de la différence, mais nous essayons de la rendre la plus transparente possible. Par exemple, nous les avons volontairement calés sur les mêmes horaires de travail et de pause. Ils ont les mêmes vestiaires que les autres salariés. Ils ne peuvent donc pas « se réfugier » derrière leur handicap.
Aujourd'hui, on peut dire qu'on a réussi avec succès cette démarche d'intégration car les personnes handicapées sont parfaitement intégrées et ne subissent pas de différences de comportements de la part des autres salariés, N+1 ou autres collègues. Pour preuve, je vous invite à venir dans nos locaux et je vous mets au défi d'identifier ces personnes. Je pense que personne ne va les reconnaître. Physiquement, le handicap mental n'est pas visible et vous ne pourrez pas déceler de comportements différents ou de propos différents entre les collègues. Ce sont des gens complètement noyés dans la masse.
Nous sommes assez fiers de ce que nous avons réussi à faire jusque-là chez Mercure-Prest Service et nous essayons de promouvoir cette culture d'entreprise. »
- Comment a émargé le concept de RSE chez Strasbourg Évènements ?
MB
« Chez Strasbourg Évènements, on a pris les choses de cette façon : Quand le concept de RSE a émergé, on s'est demandé ce qu'il signifiait. Et, on s'est aperçu que certains aspects faisaient échos à des actions que l'on avait pu mener par le passé.
Aujourd'hui, on est vraiment au début de la démarche. Nous avons constaté que les 2 sites que nous gérons, le Palais des congrès et le Parc des expositions de Strasbourg, étaient très consommateurs de matériaux. Par effet d'opportunité, c'est donc par l'aspect environnemental ou écologique que l'on a abordé la RSE. C'est une prise de conscience sur nos métiers. Notre question centrale était de savoir comment on pouvait faire pour optimiser les cycles de vie des produits utilisés. Puis, on a jugé cette démarche insuffisante. On a voulu étendre nos questionnements pour faire de Strasbourg Évènements une entreprise socialement responsable à tout point de vue. Cette volonté a donné lieu à un projet porté par la direction et dans lequel l'ensemble de nos parties prenantes s'investit. »
- Et pratiquement, comment cela se traduit ?
MB
« Nous avons commencé par établir un diagnostic pour poser ce que nous faisions déjà. On s'est d'ailleurs rendu compte qu'on faisait déjà pas mal de choses.
Par exemple, depuis longtemps, Strasbourg Évènements emploie des personnes handicapées. Du fait de mon parcours professionnel - j'étais éducateur spécialisé au début de ma carrière -j'avais véritablement à cœur d'instaurer l'embauche régulière de travailleurs handicapés. Et ça n'a pas été aisé. C'était très difficile de dire aux personnes « Vous avez une reconnaissance Cotorep ; Dites le nous, apportez-nous les papiers ». Il y en a encore une actuellement qui a toujours refusé de le faire. C'est une personne qui ne veut pas être traitée différemment et c'est très respectable. Je ne mets aucune pression à ce sujet. Il a aussi fallu imposer la présence de travailleurs handicapés à des chefs de service, qui avaient du mal à l'accepter. Ils ne voulaient pas prendre les dispositions nécessaires à l'accueil des personnes handicapées et avaient peur de voir leur service perdre en productivité. Et puis, ils avaient peur du regard de l'autre aussi.
En ce moment, on travaille beaucoup sur la parité. Sur les métiers techniques, 99% des effectifs sont masculins. 99% car nous avons embauché notre première technicienne, il y a environ 1 an. Nous en sommes plutôt fiers.
Nous essayons de formaliser tout ce que nous savons faire dans un bilan social (notamment en matière de formation), auquel nous ne sommes pas légalement soumis, c'est important de le préciser. On est une petite structure et je suis fier que l'on s'engage dans cette voie.
Notre objectif, c'est d'avancer par petites actions successives. »
- Quelles ont été vos motivations quant à la démarche impulsée ?
MB
« Notre première motivation était clairement économique. Réduire la consommation de matériaux, c'est bon pour l'environnement et pour les comptes de l'entreprise !
Aujourd'hui, on prend conscience que l'on doit réagir aussi par rapport à nos clients. Notre fédération professionnelle fait un congrès cette année sur la RSE. On accueille bientôt un salon de l'HLM qui s'oriente sur les questions écologiques. Aujourd'hui, l'accent est mis sur l'environnement mais l'on sait d'ores et déjà, qu l'on « n'échappera pas » au reste du wagon. On s'adapte aux demandes de nos clients. »
- Avez-vous des concurrents dans votre domaine ? Le cas échéant, ont-ils adopté ce genre de démarche ?
SR
Mercure Prest Service est implanté dans un secteur, où la main d'œuvre est faiblement qualifiée et le travail en grande partie manuel. Nos premiers concurrents sont les centres d'aide au travail (employeurs de travailleurs handicapés) et les services professionnels des prisons. Par rapport aux entreprises plus informatisées, qui nous sont aussi concurrentes, on est un peu précurseur mais le système de quotas institutionnels réduit les écarts (quotas Agefiph : obligation d'embauches de travailleurs handicapés à hauteur de 6% de l'effectif global de l'entreprise).
En conclusion, nous sommes encore des précurseurs sur la démarche globale (interculturel et parité y compris). Nos concurrents s'y mettent, mais nous avons une avance de 10 ans sur l'engagement de ces démarches.
- Avez-vous déjà estimé les coûts et les économies éventuels que vous avez pu dégager ?
SR
« On s'est toujours refusé à chiffrer le coût. Premièrement, ce n'était pas une préoccupation dans cette démarche. Et deuxièmement, c'est un coût qui est pratiquement inchiffrable car on est dans de l'accompagnement humain. On passe beaucoup de temps dans le dialogue, dans la recherche de solutions... On n'a jamais quantifié ce temps donc on ne peut pas le valoriser. »
- Et après cette conférence n'avez-vous pas envie de mettre en place des indicateurs ?
SR
« Ça risque de nous faire peur !! C'est vrai qu'on s'est toujours réfugié derrière le fait qu'il existait des aides à l'embauche et une aide d'accompagnement à la lourdeur du handicap.
C'est vrai que le « surcoût lié à l'emploi d'un travailleur handicapé » est calculé dans le cadre de notre dossier de demande d'aide, mais pour nous c'est une formalité administrative et pas un indicateur de suivi ! »
- Le coût est-il une préoccupation chez Strasbourg évènements ? Savez-vous combien coûte la démarche que vous souhaitez mettre en place ?
MB
« Au début, ça coûte certainement cher mais c'est un investissement qui à long terme, je suis persuadé s'avère positif.
Mais, je dirais que j'ai un problème avec le coût. Il faut surtout se concentrer sur l'envie de rentrer dans cette démarche, à mon avis. Personnellement, ça me gêne de quantifier ce genre de démarche. C'est vrai que dans le bilan social, on fait une différentiation : est ce que les femmes ont été moins ou plus formées ? Par tranche d'âge ? Est ce que les handicapés, par tranche d'âge, ont été plus ou moins formés ? Etc. Mais moi, j'ai toujours un peu de mal par rapport à ça. Sur l'impact environnemental, ça ne me dérange pas (si on fait plus de tris, la société va s'y retrouver) mais sur les aspects humains, on forme ou ne forme pas, on a envie de former ou pas. La quantification a des limites. »
Commentaire d'Isabelle Barth
« J'attire votre attention sur la nécessité de sortir de la conviction et du militantisme, sur ces sujets. Pour avoir une vraie action managériale pérenne, il faut aller au-delà de la volonté et de la conviction et entrer dans le projet avec une évaluation. Cela ne signifie pas nécessairement chiffrage ou évaluation quantitative. La RSE n'est pas un coût mais un investissement. On peut faire des entretiens et des évaluations qualitatifs »
- Vos concurrents sont déjà entrés dans cette démarche ?
MB
« Nos concurrents sont divers. Dans notre secteur d'activités, il y a des très petites structures et des très grosses. Alors c'est vrai que les gros ont déjà des directeurs développement durable. Quand on entend leurs discours, c'est une vraie démarche business. Nous, on va y entrer avec moins de moyens, une moins grande force de frappe. Mais je pense qu'on va tous y entrer. Il commence à y avoir une forte réflexion sur ces sujets et des formations au niveau de la fédération.
C'est clair que ce sera un enjeu économique demain et nos clients nous l'imposerons. »
- Comment réagissent vos partenaires sociaux ?
MB
« Je pense qu'ils sentent que quelque chose est en train de bouger. Ils réfléchissent à la manière de signer des accords dans ces domaines. Mais, à mon sens, ils n'ont pas encore une réflexion structurée quant aux sujets de la RSE. Les syndicats ne se sont pas encore emparés de la RSE dans sa globalité. »
SR
« C'est un peu mon ressenti aussi. On n'est pas du tout dans une démarche globale de la RSE. La RSE pour nos partenaires sociaux ne veut rien dire pour être tout à fait honnête.
On a toujours avancé par petits chantiers.
Et je dirai même, autant il y a des sujets auxquels ils sont sensibles, autant il y a des sujets qui ne les intéressent pas du tout. Par exemple, on a eu de grandes difficultés à avoir un accord seniors. Tout simplement parce qu'ils refusent le principe de l'obligation d'embauches des seniors. Pour eux, il paraît totalement illogique de pousser les gens à travailler plus longtemps. Au contraire, il faut promouvoir les jeunes, qui sortent tout juste d'écoles. Il faut promouvoir l'alternance. Mais après 60 ans, il faut arrêter d'embêter les gens selon eux. »
Commentaire d'Isabelle Barth
« Les syndicats ne sont pas matures sur les sujets de la RSE. Ça ne fait pas partie de leurs préoccupations principales aujourd'hui. »
- Est-ce que d'autres acteurs se sont engagés dans cette démarche ?
SR
« En ce qui concerne les fournisseurs, on est sur des discours de RSE dans le durable, des produits qui se transforment. Pour information, on traite beaucoup de papier, de carton, de plastique, de films... On a donc également une démarche de tris des déchets. On a organisé des circuits de collectes : Chaque opérateur fait un pré-tri des matières utilisées et du personnel spécialisé finalise le tri des déchets. On travaille en partenariat avec les fournisseurs particuliers car on a des exigences sur les matériaux utilisés, même si les démarches commencent et sont encore fébriles à se mettre en place.
Par contre, nos clients ont une véritable exigence et nous demandent de respecter une certaine charte éthique par rapport à la non-discrimination du personnel employé. Ils nous demandent les statistiques sur nos travailleurs handicapés, sur la parité, sur les engagements de travail non dissimulé et à côté de cela, on a des demandes qui commencent à émerger sur tout ce qui est durable, recyclage et ce genre de choses. La question environnementale est un incontournable sur le cahier des charges qui nous oblige à changer nos modes de production et qui impacte nos fournisseurs. »
MB
« En matières d'achats par exemple, on fait preuve d'une plus grande exigence. Par exemple, on a mis en place des normes pour les produits de nettoyage. La prochaine étape va être d'inscrire formellement ces normes dans le cahier des charges. On a pu remarquer que depuis 2 ans, nos clients et nos fournisseurs, sont de plus en plus attentifs au respect de l'environnement et de l'éthique de travail. »
- La RSE est-elle un levier de compétitivité ?
SR et MB
« Oui, indéniablement. C'est un vrai avantage concurrentiel dans le discours, dans le dialogue, dans la représentation de l'entreprise et dans les valeurs de l'entreprise. »
- De quelle manière communiquez-vous, auprès de vos parties prenantes, sur les sujets de la RSE ?
SR
« Par rapport à nos partenaires, on communique par voie orale essentiellement.
On communique aussi beaucoup à nos salariés. Ça fait toujours bien de dire qu'on fait quelque chose de différent, quelque chose qui a une certaine valeur, une certaine moralité humaine, que ce soit sur la formation ou le tri des déchets ou sur les contrats passés avec les fournisseurs. Ce sont des informations que l'on s'impose de faire circuler et d'afficher dans un compte-rendu. Ce compte-rendu est lu par les salariés mais aussi par les personnes qui viennent nous voir.
Enfin, auprès de nos clients, comme ça fait souvent partie du cahier des charges, c'est complètement formalisé, écrit avec des paragraphes à part entière.
Nous pensons que ce que nous faisons en matière de RSE doit être présenté de manière positive à toutes nos parties prenantes sans faire de cosmétique. »
- Quelles sont les clés pour mettre en place ce type de démarche ?
SR
« Les clés de l'adhésion en interne sont la persévérance et la volonté de la direction. Certaines personnes sur le terrain (pas forcément celles auxquelles on s'attend) s'impliquent plus que les autres et il faut les repérer et compter sur elles.
Ensuite, même les réfractaires sont obligés de suivre... Ça devient alors une culture d'entreprise. Mais au départ, il faut se préparer à ce que ce ne soit pas évident pour tout le monde. »
MB
« Il est vital que ce type de démarche soit porté par le comité de direction et le conseil d'administration. Chez Strasbourg évènements, un comité de réflexion composé de personnes de tous les départements, porte le sujet. C'est absolument nécessaire pour concrètement voir des actions se mettre en place. »

www.scot-relocation.com

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